Chez les producteurs

La coopérative-berceau du label a 25 ans

La coopérative caféicole mexicaine UCIRI fête cet automne ses 25 ans. C’est là, auprès des producteurs, que vit et travaille le fondateur du label, le prêtre ouvrier Francisco Van der Hoff. C’est là aussi le berceau du label Max Havelaar.

Ayant fui le coup d’Etat militaire au Chili, le père Frans Van der Hoff s’est installé au Mexique comme prêtre ouvrier. Il s’implique fortement dans l’activisme politique, notamment aux côtés des réfugiés sandinistes. La répression le pousse, en 1980, à se réfugier au Chiapas. Là, il travaille auprès des producteurs de café.

« Rapidement, il me parut évident que la production de café ne rapportait pratiquement rien. Pis encore, les paysans ne pouvaient pas faire vivre leurs familles. Partout, les mêmes propos : un travail dur pour très peu d’argent, des dettes contractées auprès de banques corrompues, l’obligation d’emprunter des routes impraticables, l’absence de moyens de transport (hormis les ânes) et d’écoles dignes de ce nom pour les enfants, aucun contrôle sanitaire, pas d’eau, pas d’électricité, etc. »

Découvrir la cause de leurs maux

Il décide alors d’agir. Il réunit 150 paysans pour leur proposer « d’analyser » leur situation et de « découvrir par eux-mêmes la cause de leurs maux ». « D’une longue liste de problèmes et de revendications, le prix du café sortit champion toutes catégories. »

« La réunion s’acheva sur cette conclusion : les paysans ne peuvent faire évoluer leur situation qu’en comptant sur eux-mêmes, par l’organisation d’un front commun et en dépassant leurs réticences pour proposer du neuf.  »

Un commerce porteur de valeurs

« C’est dans cet élan d’espoir que l’UCIRI est née. (…) Dès 1983, nous nous demandions comment faire du marché néolibéral, qui tente de mondialiser une valeur humaine, un marché transparent, démocratique, égalitaire. Réponse : en faisant du commerce un exercice unique en son genre, porteur de valeurs universelles et permettant à chacun de vivre décemment. »

Dès les premières années, la récolte est centralisée, un entrepôt est construit, un atelier de séchage est installé. En 1986, UCIRI obtient une licence d’exportation. C’est précisément cette année-là que la coopérative lance un appel à Solidaridad, une ONG néerlandaise de développement.

Un label naît

« Evidemment, recevoir chaque année vos dons pour acheter un camion ou construire une petite école pour que la pauvreté soit plus supportable, c’est bien. Mais le véritable soutien serait de recevoir un prix plus juste pour notre café. » Cet appel est alors relayé aux Pays Bas. L’association Max Havelaar et le label du commerce équitable naissent en 1988. Le premier café portant le label Max Havelaar vendu en Europe est issu de la coopérative UCIRI.

Aujourd’hui, la coopérative Uciri est un modèle de réussite tant sur le plan économique, social, qu’organisationnel. Selon les termes de Frans Van der Hoff, « nous sommes toujours pauvres, mais nous sommes sortis de la misère ».

Moins d’angoisses, plus de dignité

« Le commerce équitable nous permet chaque fois plus de satisfaire nos besoins fondamentaux avec moins d’angoisses, davantage de liberté et de dignité. Nous sommes parvenus à nous organiser autour d’un objectif constructif visant à modifier les règles du commerce qui nous asphyxient depuis de nombreuses années. Nous avons réussi à diversifier la production grâce aux petits crédits de notre propre banque. »

Aujourd’hui, le café d’UCIRI est présent dans les rayons français sous les marques Malongo, Alter Eco, Monoprix et Solidar’monde.

En savoir plus


- Les citations de Frans Van der Hoff sont tirées de son livre Nous ferons un monde équitable, Flammarion, 2005.


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