« Des paysans se sont retrouvés dépossédés de leurs terres »
« Surin est situé dans la région la plus pauvre de Thaïlande. La coopérative regroupe dix villages et en tout 588 producteurs, dont 300 cultivent en biologique. Notre riz est destiné à la fois à la consommation et à la vente. Il n’est pas irrigué : on ne peut donc le récolter qu’une fois par an, et la récolte dépend beaucoup de la pluviométrie.
En Thaïlande, les coopératives ont souvent été créées par le gouvernement. Elles fonctionnent mal, et souvent n’ont aucun rôle dans la commercialisation.
Dans les années soixante, l’Etat a mené une réforme agraire afin d’orienter la production du riz vers l’exportation. Il a donc encouragé l’usage d’intrants chimiques. Ceci était censé enrichir les producteurs, mais c’est le contraire qui s’est passé. Les engrais et pesticides coûtant cher, les coûts de production se sont renchéris. D’autre part, le gouvernement a fait baisser les prix d’achat du riz. Les petits producteurs ont donc perdu tout pouvoir de négociation.

En particulier, ils ont développé une dépendance vis-à-vis des intermédiaires locaux. La même personne leur vend les intrants et achète la production. C’est elle qui impose le prix du riz. En même temps, ces gens que les producteurs appellent « les capitalistes » leur prêtent de l’argent et demandent d’hypothéquer leurs propres terres.
Au final, beaucoup s’en retrouvent dépossédés et sont obligés de louer des terres qui leur ont appartenu pour pouvoir continuer à travailler dessus. Et quand ils n’ont pas d’argent, ils doivent payer en nature avec leurs récoltes. C’est un cercle vicieux. »