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"Pour un commerce équitable, La route du café des Yungas à la Bretagne" est paru aux éditions Rives d’Arz en février 2010.
Entretien avec Tugdual RUELLAN et Bernard Bruel :
Il faut se souvenir qu’en 1993, rares étaient celles et ceux à croire en un commerce juste et équitable… Il y a eu alors une véritable rencontre entre ces trois hommes, autour d’intérêts différents, avec cependant une très forte conviction partagée : celle de proposer un café de qualité, acheté au juste prix aux petits producteurs, moulu, torréfié et ensaché par les travailleurs handicapés du centre d’aide par le travail de Bain-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) géré par l’Association "Notre Avenir".
Ils disaient « vouloir construire un commerce équitable, véritable partenariat commercial basé sur le dialogue, la transparence et le respect, qui vise à plus d’équité dans le commerce international » . En tant que journaliste, je me suis intéressé à cette initiative naissante et à plusieurs reprises, nos chemins se sont croisés. Jusqu’à cette venue en 2006 à Bain-de-Bretagne de représentants de la coopérative Bolivienne Villa Oriente avec une invitation à aller les rencontrer chez eux.
Avec Bernard Bruel, un ami d’enfance […] nous n’avons pas hésité une seconde. Le voyage – financé sur nos propres deniers – a eu lieu en 2006 et là-bas, nous avons été accueillis par les producteurs, très honorés de notre visite.
C’est un vrai projet d’économie solidaire avec tous les ingrédients du développement durable, une belle histoire de rencontres interculturelles, une « bonne pratique » à disséminer. Tout au long de notre séjour, les témoignages n’ont pas cessé de nous être transmis avec beaucoup de sincérité, de transparence. Il y a au bout, un travail réalisé par des personnes en situation de handicap, une passion qui se transmet, un produit qui n’a cessé de monter en qualité. C’était beaucoup trop pour se contenter de garder tout cela pour nous. De retour, nous avons parlé de l’idée de publier à Yves Thébault, directeur du CAT qui a tout de suite été conquis […] Pour l’occasion, ma femme, Béatrice, a créé sa maison d’édition, un projet qu’elle souhaitait initier depuis longtemps, avec le parti pris « d’annoncer les bonnes nouvelles ».

Il y a ce moment où tous les ouvriers de Villa Oriente ont cessé leur travail pour nous accueillir, se sont réunis dans la salle au milieu des plantations et ont pris la parole à tour de rôle en disant : « Dites bien à vos amis Français qu’il faut continuer à boire de notre café. C’est notre plus grande fierté. » Il y a aussi cette rencontre avec les femmes à La Paz, chargées du tri des grains, sélectionnant pour nous, Français, le meilleur, dans des conditions souvent pénibles qui leur permettent pourtant d’espérer un revenu. Il y a cette fête improvisée près des plantations, pour nous remercier, avec les instruments traditionnels des hauts plateaux andins.
Ils sont multiples et nous n’avons cessé de les découvrir. Il y a tous ces nouveaux moyens dont dispose désormais la coopérative, qui lui ont permis de construire un bâtiment, une aire de séchage, d’acheter un camion assurant la livraison du produit jusqu’à La Paz. Il y a ces formations et conseils permanents, ces voyages d’études, qui permettent d’améliorer les techniques culturales, dans le respect de la protection de l’environnement qui font que le café est bon et de qualité. Il y a toutes ces répercussions sur le développement local : la construction de maisons en dur, d’écoles, l’achat de livres pour les enfants, l’embauche d’un instituteur. Mais, c’est surtout cet espoir redonné aux populations. Il y a quinze ans, le seul avenir était de partir en ville chercher du travail. Il y a désormais un devenir possible, dans le village où l’on est né, un emploi pour les jeunes partis en formation, un projet et un futur à rêver.
C’est avant tout une « bonne nouvelle » ! L’idée que les choses sont possibles, au-delà des frontières de toutes sortes, géographiques, politiques, administratives dès lors que l’on a la conviction et l’honnêteté de les rendre réalistes. C’est une belle histoire d’hommes et de femmes qui, d’un bout à l’autre de la planète, construisent en se respectant mutuellement.
Merci à Tugdual Ruellan et Bernard Bruel pour avoir pris le temps de témoigner. "Pour un commerce équitable, La route du café des Yungas à la Bretagne" www.tugdual-ruellan-communication.eu