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Les coûts cachés de votre tablette de chocolat

Que se cache-t-il derrière votre tablette de chocolat ? C’est à cette question qu’ont voulu répondre la Plate-Forme pour le Commerce Equitable et Max Havelaar France. Grâce à une étude sur la production de cacao au Pérou et en Côte d’Ivoire, réalisée par le BASIC (Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne), nous avons pu constater un  résultat sans appel : la facture sociale et environnementale de la production de cacao pèse très lourd (pollution, déforestation, santé des populations…). L’étude démontre également que le commerce équitable est le levier le plus efficace pour réduire ces coûts sociétaux.

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Les coûts cachés de la filière conventionnelle

Le BASIC estime les coûts cachés de la production de cacao en Côte d’Ivoire à 2,85 milliards d’euros, et à 62 millions d’euros au Pérou. Les modes de production et les problématiques varient d’un pays à l’autre.

Pour un euro de cacao exporté, il en coûtera 77 centimes aux populations locales ivoiriennes en termes de pollution, de déforestation ou pour assurer les services de base (hôpitaux, écoles, etc.). Dans le cas péruvien, ce coût "sociétal" s’élève à 38 centimes.

Une situation complexe pour les producteurs qui ne parviennent pas à assurer une rémunération suffisante pour couvrir leurs coûts de production, entraînant des répercussions néfastes notamment pour leur santé et pour l’environnement.

Faute de moyens, ils ont également recours à un travail familial non rémunéré, faisant parfois appel aux enfants... A la recherche de rendements, ils utilisent davantage d’intrants chimiques et cherchent à s’étendre, participant ainsi à la déforestation. Rien qu’en Côte d’Ivoire, environ 13 millions d’hectares de forêt ont disparu depuis les années 1960, en partie à cause de la culture du cacao.

Enclencher un cercle vertueux grâce au commerce équitable

Bien qu’il soit difficile de faire une étude comparative entre les coopératives ivoiriennes et péruviennes, l’enquête semble s’accorder sur un point : la certification « équitable » est la plus efficace pour réduire ces coûts cachés, mais cette réduction est fortement liée au contexte du pays producteur.

Alors qu’au Pérou l’agroforesterie est largement répandue et que le cacao pèse très peu dans l’économie, le commerce équitable permet de réduire fortement les coûts cachés liés à la production.  C’est en effet,  80% de ceux-ci qui sont supprimés.  Le commerce équitable au Pérou a bénéficié d’un mouvement coopératif structuré qui explique en partie le fait qu’aujourd’hui 8 % du cacao péruvien est exporté aux conditions du commerce équitable. En Côte d’Ivoire, où cette filière est essentielle à l’économie du pays, le prix du cacao est directement règlementé par le gouvernement. Néanmoins le système équitable prend peu à peu le pas et le BASIC démontre que les coûts cachés se réduisent de 18% par rapport au commerce conventionnel.

Un modèle économique fortement concentré comme celui de la filière cacao entraîne des inégalités à l’égard des producteurs et des travailleurs. Il est nécessaire de valoriser une alternative dont la meilleure solution semble être la démarche équitable, notamment en comparaison avec d'autres certifications dites durables. La mise en place d’une approche de commerce équitable labellisé améliore la durabilité de la production, met en valeur le travail des coopératives, assure un revenu décent pour les petits producteurs, et génère une prime de développement qui est réinvestie au sein de leur communauté. L’étude du BASIC montre qu’une rémunération stable et suffisante permet d’entretenir les plantations, d’augmenter les rendements et in fine, les revenus pour les producteurs.

Choisir une tablette de chocolat équitable, c’est choisir de réduire les coûts sociétaux et environnementaux générés par la production de cacao. Un choix éclairé est essentiel pour consommer sans augmenter les inégalités.

Chiffres supplémentaires :

Côte d’Ivoire :

3,7 milliards d’euros en exportation de cacao
22% du PIB de la Côte d’Ivoire dépend de l’exportation de cacao
8 millions d’Ivoiriens dépendent de la production de cacao
1/3 de la production mondiale de fèves de cacao
Coûts cachés = 77 centimes pour 1 euro de valeur créée

Pérou :

166 millions d’euros générés par l’exportation du cacao
6,1% du PIB et 0,6% des exportations totales du pays
Coûts cachés = 38 centimes pour 1 euro de valeur créée

Pour en savoir plus :

La filière cacao du commerce équitable
Améliorer les conditions de vie de toute la communauté - Interview de Fortin Bley, producteur de cacao en Côte d’Ivoire et président du réseau des producteurs Fairtrade d’Afrique de l’Ouest
La douce saveur de la démocratie en Côte d’Ivoire
Sur les routes du cacao Équitable