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L’or blanc d’Afrique de l’Ouest, le beurre et l'argent du beurre ?

Etudiant en Master Expertise en Population et Développement à l’Université Paris Descartes, j’ai réalisé plusieurs recherches socio-anthropologiques en France, au Pérou et au Burkina Faso.

Mon intérêt pour les problématiques actuelles de développement des pays du sud, m’a amené à apprécier, suivant une approche qualitative, l’impact du commerce équitable auprès de groupements de productrices de beurre de karité.Ragussi fête de la femme


L’arbre à karité est depuis quelques années sur le devant de la scène. La fabrication de son beurre est issue des savoirs et savoir-faire féminins transmis de mère en fille dans les sociétés ouest-africaines. Cet arbre est présent au quotidien pour les populations rurales qui le consomment comme matière grasse végétale dans diverses préparations. Si le beurre est profondément ancré dans les habitudes et échanges des femmes rurales d’Afrique de l’Ouest, il s’inscrit également dans un ensemble de relations économiques et sociales plus larges.

Une ressource importante dans l’économie du Burkina Faso

Troisième produit d’exportation en volume derrière le coton et le bétail, il est devenu un symbole et une priorité pour le gouvernement. A la faveur de la dévaluation du  franc CFA de la Communauté financière africaine (XOF) en 1994, la valorisation du beurre de karité devient une des «six priorités » du président Blaise Compaoré. L’ambition de cette politique nationale de développement du beurre de karité est double : promouvoir une diversification des exportations du pays qui sont peu nombreuses, et améliorer les conditions de vie des femmes et de leurs familles en leur permettant d’accéder à de nouvelles sources de revenus

triage des amandes

Se regrouper pour rétablir l’équilibre des pouvoirs

La structuration de la filière est née des efforts conjoints de ces organismes et de l’Etat burkinabé. Aujourd’hui encore, elle apparait désorganisée et les problématiques soulevées il y a une vingtaine d’année sont toujours d’actualité. Le rapport de force dans les négociations reste à la défaveur des femmes et seuls les exportateurs semblent tirer profit de cette activité.
Le 11 janvier 2001, l’UGPPK naît de l’initiative de 18 groupements villageois de femmes (GVF) des provinces de Sissili et du Ziro.  De 900 membres à l’origine, l’organisation est devenue en 2012 une fédération comprenant 9 unions de 103 GVF, soit 4595 productrices.

barattage-manuel

L’impact du commerce équitable

Le commerce équitable a permis un renforcement des capacités de l’organisation. Par le renforcement de capacités organisationnelles, commerciales, financières ou techniques, le commerce équitable a favorisé la structuration des productrices de karité.
Le prix minimum fixé par le commerce équitable a multiplié par 2,3 le revenu net du karité par kilogramme.  Cela a permis d’augmenter le revenu moyen des productrices (74 000 FCFA, contre 23 000 FCFA auparavant), même si le seuil de pauvreté n’est pas atteint  (il est de 83 000 FCFA au Burkina Faso, PNUD 2011).

Le commerce équitable a encouragé la diversification des revenus. La culture du karité est une activité saisonnière, c’est pourquoi les productrices ont également développé une filière sésame afin d’avoir des revenus pendant la période de soudure.

La place des femmes renforcée ?

Cette hausse des revenus a des conséquences pour les femmes mais également pour toute la famille. Les femmes réinvestissent cet argent dans des dépenses domestiques dont l’ensemble des membres de la cellule familiale pourra bénéficier mais aussi dans des activités génératrices de revenus.

fédération Nununa GVF Tabou

De manière générale, le bénéfice lié à au prix équitable est utilisé pour la scolarité des enfants et des petits-enfants, les frais médicaux et vestimentaires de la famille ainsi que pour l’achat de nourriture de la famille. Les femmes étant pour la grande majorité mariées à des agriculteurs, elles contribuent de manière significative à l’achat d’intrants agricoles et au paiement de la main d’œuvre agricole. La participation des femmes aux frais de la famille n’est pas sans effet au niveau de la renégociation de leur place au sein du couple.

Cependant, l’accord des hommes continue d’être nécessaire à toute activité féminine. De plus, l’activité productive est perçue par le mari comme un travail officiel, source d’un revenu complémentaire qui ne libère pas pour autant l’épouse de ses obligations mais qui en retour le libère, lui, partiellement d’une charge financière qu’il devait assumer jusque-là. Une productrice nous disait ainsi sans ambages que « les hommes ont conscience que si on contribue aux frais de la famille ça va alléger leurs tâches ».

D’autre part, sur la question foncière, les règles coutumières font que peu de femmes ont directement accès à la propriété. Les 16 unités de production et les 2 unités de transformation (karité et sésame) de la Fédération Nununa sont ainsi devenues des marqueurs symboliques et sociopolitiques de la présence des femmes dans de nouveaux espaces auxquels elles n’avaient jusqu’alors pas ou peu accès. Ce lieu constitue une nouveauté pour les femmes qui ne disposaient pas d’un espace de travail hors du contrôle familial et social.