Cacao et chocolat équitables

La production de cacao est confrontée à de graves difficultés. Environ 90% de la production est cultivée sur de petites exploitations familiales, pour lesquelles le cacao est la principale source de revenu. La pauvreté généralisée, la déforestation, le travail des enfants et le travail forcé sont les principaux impacts générés par la culture du cacao.

Comment le commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar peut-il contribuer à change le secteur et à améliorer la vie des producteurs et productrices ? Comment lutter contre le travail des enfants ? De quel appui les producteurs ont-ils besoin pour faire évoluer les pratiques agricoles ?

1. Filière du cacao : un état des lieux préoccupant

Pour nous, le chocolat est une gourmandise, mais en Afrique surtout, ainsi qu'en Amérique Latine et en Asie, le cacao est une culture agricole dont dépendent 50 millions de personnes. Dans la majorité des cas, il est produit dans des fermes de très petite taille mais le marché est dominé par une poignée de multinationales : trois entreprises représentant presque 60% de la transformation mondiale de fèves de cacao. Dans ce contexte, les difficultés qu'affronte la filière sont complexes.

Les revenus des petits producteurs et productrices sont très faibles

Sur le marché mondial du cacao, les prix peuvent être très bas, entraînant un appauvrissement inexorable des petits producteurs et productrices.

Même quand les cours du marché sont à la hausse, les producteurs n’en bénéficient pas forcément assez, les profits pouvant être captés par de nombreux intermédiaires commerciaux.

Les producteurs de cacao sont donc loin d’avoir des revenus suffisants pour subvenir à leurs besoins. Ils vivent souvent nettement en-dessous du seuil d’extrême pauvreté, établi à 1,90 $ par jour. S'ajoutent à ces préoccupations économiques des conditions de travail très difficiles – voire dangereuses – dans les plantations de cacao. Sans perspectives d'avenir satisfaisantes, de plus en plus de jeunes partent s'établir dans les grandes villes, abandonnant la culture du cacao.

Le travail des enfants est fréquent

En raison notamment de la pauvreté des familles, le travail des enfants est fortement répandu, surtout en Afrique de l’Ouest.

Selon une étude de l'Université de Tulane de 2015, le nombre d’enfants travaillant dans les plantations de cacao en Afrique de l’Ouest a augmenté au cours des dernières années, malgré l’engagement de l’industrie chocolatière de supprimer cette pratique à l'horizon 2020.

2,26 millions d’enfants entre 5 et 17 ans ont ainsi travaillé dans la culture de cacao au Ghana et en Côte d’Ivoire entre 2013 et 2014, soit une augmentation de 443 000 enfants en 5 ans. Parmi eux, 90 % effectueraient des travaux dangereux.

La déforestation s’intensifie

La pauvreté empêche les producteurs d’investir dans leurs fermes. En conséquence, un grand nombre de cacaoyers se trouvent vieillissants et en mauvais état. Ainsi, les récoltes sont de moins en moins abondantes et la qualité s’en ressent fortement.

La déforestation liée au cacao s’intensifie en Afrique de l’Ouest. Pour répondre à la demande croissante en chocolat, de nouvelles cultures de cacao sont créées illégalement, notamment dans les aires protégées des forêts tropicales. Ce phénomène met en danger les habitats naturels des espèces animales et accélère le dérèglement climatique. 

2. Comment le commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar soutient-il les cultivateurs de cacao ?

Le commerce équitable leur permet de pérenniser la culture du cacao dans des conditions justes et durables.

Les producteurs peuvent envisager un meilleur avenir

  • Les producteurs et productrices s’unissent dans des coopératives transparentes et démocratiques qui les rendront plus forts : leur pouvoir de négociation est plus élevé, ils construisent des liens plus solides avec les acheteurs et gagnent en efficacité. Ils peuvent faire des acquisitions ensemble et agir collectivement pour le développement social et environnemental de leurs communautés. 
  • La prime de développement, fixée à 200 $ (240$ à partir du 1er Octobre 2019) par tonne et gérée collectivement au sein des coopératives, permet d'optimiser les infrastructures de production et de transformation. 
    - Par exemple, les producteurs perfectionnent la fermentation et le séchage des fèves de cacao, deux étapes fondamentales pour la formation des arômes, ce qui conduit à nouer des relations plus pérennes avec les acheteurs ainsi qu'à l'ouverture de nouveaux marchés grâce à l’augmentation de la qualité. De nombreux cultivateurs ont utilisé la prime pour remplacer les vieux cacaoyers et investir dans de meilleures installations pour la collecte, le stockage et le transport.
    - La prime de développement peut également financer des initiatives locales pour améliorer les conditions de vie des communautés : accès à  la santé, à l’éducation... 
  • Le prix minimum garanti, fixé à 2 000 $ (2400$ à partir du 1er Octobre 2019) la tonne de fèves de cacao, joue le rôle de filet de sécurité en cas de chute des cours et apporte de la stabilité. Lorsque les prix sur le marché mondial dépassent le prix minimum garanti, les producteurs bénéficient du prix du marché et peuvent négocier. En savoir plus sur la revalorisation du prix minimum garanti.
  • Si le cacao certifié Fairtrade/Max Havelaar est aussi certifié bio, les acheteurs doivent respecter un prix minimum de 2300$ par tonnes de fèves. A partir du 1er Octobre 2019, la valorisation du cacao bio et équitable est renforcée avec la mise en place d’une prime bio de 300$ par tonne de fèves. Cette prime s’ajoute au prix d’achat (prix du marché ou prix minimum garanti, en fonction duquel est le plus haut) et à la prime de développement.
  • Le préfinancement à hauteur de 60 % du prix d'achat des fèves à la demande de la coopérative de producteurs. 
  • Renforcées, grâce à la certification Fairtrade/Max Havelaar, les organisations de producteurs ont un meilleur accès au crédit et trouvent plus facilement des contacts dans des institutions de microfinance. 

La lutte contre le travail des enfants est une priorité

  • Le travail des enfants, tel que défini par l'Organisation Internationale du Travail (OIT), est interdit par les cahiers des charges du label Fairtrade/Max Havelaar. En cas de non-respect de cette exigence, l’organisation de producteurs concernée est suspendue, voire exclue de la certification dans les cas les plus graves. Ces dernières ont l'obligation de prendre des mesures correctives et de se soumettre à un nouvel audit qui peut amener à la levée des sanctions.
  • En parallèle, des mesures de soutien aux producteurs sont mises en place pour les aider à renforcer leurs programmes destinés à détecter et prévenir le travail des enfants.

Des critères environnementaux stricts favorisent une agriculture durable

L'environnement est l'un des piliers essentiels du commerce équitable. Le but est à la fois de préserver les ressources naturelles, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et aussi s’adapter aux effets du changement climatique grâce aux critères des cahiers des charges, aux investissements réalisés via la prime de développement et à des programmes spécifiques :

  • Les producteurs et productrices sont encouragés à adapter leurs pratiques pour atténuer l'empreinte écologique des activités agricoles.
  • Les intrants naturels sont privilégiés et les pesticides utilisés de façon raisonnée. L'utilisation des substances chimiques les plus dangereuses est interdite, ainsi que le recours aux OGM.
  • La conversion à l'agriculture biologique est encouragée à travers une prime spécifique favorisant une stabilisation des écosystèmes face aux changements climatiques.
  • Des programmes d’appui, tel le programme Équitédont le réseau de producteurs Fairtrade d’Afrique de l’Ouest (FTA-WA) est partenaire, encouragent les coopératives à travailler avec des ONG ayant des compétences en protection de l’environnement, notamment afin de protéger la biodiversité naturelle et agricole et atténuer le changement climatique.
  • Des formations sensibilisent les producteurs et productrices à des thématiques variées, dont la lutte contre le changement climatique, les pratiques agricoles durables.

3. Le Programme Cacao pour l’Afrique de l’Ouest

Cette initiative lancée en 2015 vise à l’autonomisation et au renforcement des capacités des coopératives de cacao certifiées Fairtrade/Max Havelaar au Ghana et en Côte d’Ivoire

Il offre un appui pour la certification des coopératives dans la région pour les aider à comprendre et à mettre en œuvre les cahiers des charges.

Appui stratégique et formations thématiques pour les coopératives

  • En plus de l'appui de base pour la certification, ce programme apporte un appui stratégique à des coopératives afin de les aider à renforcer leurs capacités organisationnelles, à se préparer à leurs assemblées générales, sur la bonne gouvernance et sur le respect de la législation locale.
  • Fairtrade Africa dispense une formation thématique annuelle sur des sujets importants, tels que les Systèmes de Gestion Internes, la gouvernance financière, l'engagement des membres et la prévention du travail des enfants. Ces formations sont fournies en fonction des besoins et sont guidées par une solide évaluation des capacités, des compétences et du niveau de professionnalisme de l'organisation de producteurs.

Suivi et Évaluation du Programme

Ce programme se distingue par son suivi pour évaluer l’efficacité et l’impact des interventions. Fairtrade/Max Havelaar a recueilli en 2018 les données de 41 coopératives et de plus de 600 producteurs au Ghana et en Côte d’Ivoire sur 20 indicateurs d’impact tels que les revenus nets du foyer, les efforts de diversification des revenus promus par les coopératives et l’avis des membres/coopératives sur l’efficacité du programme.

  • Cette étude permet d’évaluer et d’adapter le programme en fonction des retours des coopératives.

La coopérative CAPRESSA, un modèle de commerce équitable en Côte d'Ivoire

Située dans la région de l'Indénié-Djuablin, à l'est de la Côte d’Ivoire, la coopérative CAPRESSA a été fondée le 5 juillet 2003. Elle est certifiée Fairtrade/Max Havelaar depuis 2011. Ses producteurs et productrices vivent essentiellement du cacao, même si, récemment, pour diversifier leurs revenus, nombreux sont ceux qui se sont mis à cultiver l'hévéa et la noix de cajou.

La coopérative s’est donné comme mission d'accroître le revenu et les potentialités de développement des producteurs. Elle s'est tournée vers la certification Fairtrade/Max Havelaar afin de bénéficier du prix minimum garanti et de la prime de développement.

Depuis 7 ans, grâce à la prime, un grand nombre d’actions destinées à améliorer la vie des producteurs ont été mises en place :

  • Plan d'épargne pour les producteurs avec l’aide d’un logiciel de gestion.
  • Distribution de matériel et d'outils de travail (bottes, machettes, outils pour la cueillette et pour l’écabossage).
  • Fourniture d’équipements de protection individuelle.
  • Ouverture de l’école de leadership des femmes, un programme innovant qui donne aux femmes toutes les clés dans de nombreux domaines : finance, négociation, prise de décision, ateliers de confiance en soi, sensibilisation sur l’égalité femmes-hommes ou encore sur l’estime de soi.
  • Installation de pompes à eau dans les villages.
  • Distribution d'arbres d’ombrage pour lutter contre la déforestation.

« Les formations m’ont beaucoup aidée. J'ai pu faire connaissance d’autres femmes de la coopérative et les sensibiliser à travers les connaissances que j’avais acquises en termes de confiance en soi ou de droits de l'homme. » Julienne Assoko, coopérative CAPRESSA, Côte d’Ivoire.

4. Quelques chiffres sur le chocolat équitable en France

  • 27 marques françaises et 42 marques internationales engagées dans le commerce équitable commercialisent, en France, des produits chocolatés labellisés Fairtrade/Max Havelaar.
  • Tablettes de chocolat, pâte à tartiner, glaces, chocolat en poudre, truffes, rochers, amandes enrobées... : en 2017, plus de 28 millions de produits chocolatés labellisés Fairtrade/Max Havelaar ont été vendus sur le marché français.
  • Les Français consomment en moyenne 7 kg de chocolat par personne et par an, mais la consommation de chocolat équitable ne représente que 50g, soit la moitié d’une tablette.

Les coopératives certifiées Fairtrade/Max Havelaar

*Selection of Fairtrade-certified producers/companys

Les marques proposant des produits à base de cacao certifié Fairtrade/Max Havelaar

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