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Des bananes bio, équitables, mais pas recommandables

Réponse à l'article publié par Libération

le 28 août 2017

 

Le mouvement Fairtrade/Max Havelaar prend très au sérieux les enquêtes journalistiques concernant les défis auxquels sont confrontés les producteurs et travailleurs dans les chaînes d'approvisionnement mondiales.

 

Contexte général

L’essentiel des volumes de bananes vendues dans le monde sont issus de grandes plantations, employant une main d’œuvre importante, avec des conditions de travail particulièrement difficiles. Souvent, ces travailleurs ne disposent pas de contrats de travail en bonne et due forme, ils subissent un manque de liberté d’association, d’assurances de base en matière de santé et de sécurité, et ne perçoivent pas des salaires convenables, entre autres difficultés. L’exploitation humaine au sein de la filière banane a été dénoncée depuis des décennies et dernièrement par la campagne européenne Le Juste Fruit.

Cinq entreprises multinationales contrôlent les trois quarts du commerce international de la banane, alors qu’il est le fruit le plus échangé au monde. Disponible toute l’année, il est devenu une produit d’appel pour les chaînes de distribution qui se livrent une véritable guerre des prix.

Dans les pays du Sud, la production de banane (62 millions de tonnes de banane Cavendish par an) représente une source essentielle d’emploi et de revenus pour 4 millions de familles, et très souvent, ce sont les petits producteurs et les travailleurs de plantation qui paient les conséquences de la course au prix le plus bas dans les pays du Nord.

Le mouvement Fairtrade/Max Havelaar travaille dans de nombreuses régions, dont la République dominicaine, où des situations d’exploitation sont quotidiennes. C’est pourquoi nous avons mis en place un cadre d’exigences spécifiques pour les plantations afin d’améliorer la vie des salariés agricoles. Bien que les salaires restent hélas toujours bas dans l’ensemble de la filière, on observe au sein des plantations certifiées Fairtrade/Max Havelaar une amélioration des conditions de vie des travailleurs, notamment grâce aux bénéfices associées à la prime de développement qui est un des outils clés du commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar. Selon une étude récente réalisée en République dominicaine, Colombie et Ghana par LEI Wageningen University (Pays-Bas), cela se traduit par un meilleur accès à des services de santé ou d’éducation, ou par une capacité plus élevée d’épargne des travailleurs.

 

Concernant les salaires

Les plantations certifiées Fairtrade/Max Havelaar doivent respecter au minimum la référence la plus exigeante pour le secteur en termes de rémunération. La référence peut-être par exemple le salaire minimum légal national, la convention collective du secteur ou encore le niveau de salaire minimum officiellement reconnu dans le pays pour ce type de fonction. Elles doivent également procéder à des augmentations de salaires annuelles couvrant au minimum l’inflation, négociées avec les représentants des travailleurs.

Le commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar exige le respect des droits sociaux des travailleurs, notamment la liberté d’association et de négociation collective.

L'organisation syndicale dans le secteur de la banane en République dominicaine est un phénomène récent nécessitant du soutien pour se développer car le renforcement des organisations syndicales est fondamental pour permettre des négociations salariales collectives, voire sectorielles.

C’est pourquoi, le mouvement Fairtrade/Max Havelaar exige que les travailleurs puissent s’organiser et adhérer librement à des syndicats, pour défendre leurs intérêts.

Le mouvement Fairtrade/Max Havelaar mène également des actions dans ce sens comme le soutien à la création du syndicat SINTRANOR, dans la région de Mao et Montecristi, où se concentre une partie de la production de banane du pays. En 2013, Fairtrade/Max Havelaar a financé une conférence à laquelle ont participé les syndicats dominicains, la fédération des syndicats du secteur de la banane au niveau latino-américain, COLSIBA, et des syndicalistes européens pour discuter de la nécessité d'organiser des syndicats dans le secteur de la banane en République dominicaine : la création de SINTRANOR est un important résultat de cette réunion.

Le respect des salaires légaux, les augmentations annuelles, le versement de la prime de développement et la mise en place des conditions d’une négociation collective ont contribué à améliorer le niveau de vie des travailleurs des plantations certifiées Fairtrade/Max Havelaar.

Cependant, le mouvement Fairtrade/Max Havelaar est conscient de la nécessité d’aller au-delà de l’exigence du salaire légal puisque dans de nombreux pays, ce salaire ne permet pas aux ouvriers agricoles de vivre décemment de leur travail, même si la loi locale est respectée. C’est pourquoi, le mouvement Fairtrade/Max Havelaar s’est engagé dans la Global Living Wage Coalition et travaille dans ce sens. Les travaux menés montrent la très forte rigidité des filières et indiquent qu’il faudra du temps pour exiger et obtenir des salaires plus élevés que le niveau légal. Et que ce résultat devra mobiliser l’ensemble des acteurs des chaînes d’approvisionnement pour déterminer le partage des coûts de l’augmentation des salaires souhaitée, qui ne pourra peser sur les seuls producteurs. Chacun a un rôle à jouer : producteurs, industriels, distributeurs et consommateurs.

 

La prime de développement : un levier clé du commerce équitable

Dans le commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar, les travailleurs de plantations bénéficient directement d’une prime de développement versée sur toutes les ventes de bananes Fairtrade/Max Havelaar. La prime de développement est versée sur un compte indépendant de celui de la plantation et son utilisation est votée par les travailleurs. Elle peut servir à financer des projets communautaires tels que des écoles, des centres de santé, etc. Cette prime peut également être distribuée à hauteur de 20% en numéraire aux travailleurs. Concernant des régions avec une forte présence de travailleurs migrants, comme la République dominicaine, et pour tenter précisément de contourner l’obstacle des faibles salaires légaux, ce pourcentage a été remonté pour atteindre 50% de la prime distribuable. Ainsi, la prime contribue directement à l’amélioration des revenus des travailleurs.
Les travailleurs migrants

La majorité des travailleurs de l'industrie de la banane en République dominicaine sont des migrants haïtiens. Ils sont souvent sans papiers, luttent pour obtenir des visas de travail et, par conséquent, sont souvent payés moins que le salaire minimum et n’ont pas droit à la sécurité sociale, etc. Nous travaillons donc dans un environnement avec une forte dose d’informalité.
Le mouvement Fairtrade/Max Havelaar a été un des acteurs à faire pression pour que le gouvernement dominicain mette en place des réponses à cette problématique. Les coopératives et plantations certifiées Fairtrade/Max Havelaar ont aidé les travailleurs migrants du secteur de la banane à s'inscrire au Plan national de régularisation des travailleurs mis en place par le gouvernement de la République dominicaine. Nous sommes engagés pour poursuivre dans cet effort.